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Côte d’Ivoire : Le Préfet Vincent Toh-Bi s’attaque au verbe « Manger », le préféré de certains Ivoiriens

En Côte d’Ivoire, depuis plusieurs années, la règle est de « manger » à satiété. Le policier, le professeur, l’administrateur, l’élu, le politicien, tout le monde ne pense qu’à se remplir la panse au mépris des valeurs humaines. Résultat, la société ivoirienne est gangrénée par toutes sortes de vices. Dans un billet publié dans la presse ce mercredi, le Préfet d’Abidjan, M. Vincent Toh-Bi s’est insurgé contre cette mentalité, véritable transgression de l’équilibre social.
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Manger, un cancer social

Le verbe « Manger » est un véritable cancer qui ronge la société ivoirienne depuis des décennies. Partout tout le monde ne pense qu’à se remplir la poche et au diable la conscience professionnelle ainsi que les valeurs humaines. Prenons d’abord l’école ivoirienne qui fait face à une corruption sans précédent, devenue presque la règle. Ainsi, les enseignants soutirent-ils des billets aux candidats lors des épreuves orales et écrites. Il faut bien qu’ils « mangent » eux aussi. Ensuite le policier et le douanier qui rackettent à tout va, laissant passer tout ce qui est illégal et dangereux pour le citoyen. Il faut bien qu’ils mangent eux aussi. Enfin l’administrateur qui touche un pactole pour accélérer son propre travail ou pour placer un nom sur une liste de recrutement. Il faut bien qu’il mange aussi.

Au-dessus de ceux-là notons les hommes politiques qui rallient les différents QG pour « manger » à leur tour. Adama Bictogo ne dira pas le contraire, lui qui parle de fonctions gouvernementales et administratives comme de simples tabourets.

C’est pour dénoncer cette culture cancérigène de la « mangrecratie » que le Préfet Vincent Toh-Bi a produit le billet que voici.

Le billet du Préfet d’Abidjan

« Il y a quelques jours, j’ai lu le commentaire répugnant d’un citoyen sur les réseaux, alors que je procédais à l’investiture du Maire de Port-Bouët, comme le prévoit la Loi : "Vous là, vous êtes mauvais, ce Monsieur n’a même pas eu le temps de MANGER que vous mettez fin à sa Délégation Spéciale. Je suis sûr qu’il vous maudit dans son cœur…".

C’est de moi qu’il s’agissait. Le but de ce billet n’est pas de répondre à ce frère, libre de ses opinions que je respecte. Mais, cela m’amène à réfléchir à la dégénérescence de la pensée de certains de nos frères et sœurs, qui réduisent la vie sociale et Administrative à un simple exercice de satisfaction biologique et matérielle.

L’Histoire de l’Afrique et de certaines de nos Nations les incline à penser que l’accès à des postes de responsabilité n’a pour seule finalité que l’accumulation vorace de richesses cresussiennes.

La tolérance passée vis-à-vis des actes criards de corruption en Afrique a forgé la mentalité des populations à l’acceptation d’un pillage en règle des économies nationales.

Être nommé à un poste de responsabilité, c’est donc être désigné pour MANGER, c’est-à-dire voler l’argent des pauvres. Et l’armée des prétendants au vol s’agglutine autour de ceux-là.

Sont-ce là les recherches ultimes de nos cheminements sur terre ?

Lorsque seront remplis nos longs gosiers inextricables et nos immenses panses immondes (s’ils l’étaient jamais un jour), que ferons-nous de nos vies ensuite ?

Quel est le suc d’une vie fadasse occupée à satisfaire le corps, matière périssable ?

Sommes-nous réduits à mâcher les miasmes morbides et les déglutitions puantes de nos désirs corporels ?

Le cœur, l’esprit, l’âme et la foi, ne sont-ils que de vulgaires passagers anonymes sur la Terre de Dieu Tout-Puissant ?

Non, mes frères. Il y a plus fort que MANGER. La jubilation extatique devant les œuvres de Dieu, l’obnubilation devant les merveilles de sa création, l’admiration transcendantale devant sa puissance, devrait être le moteur de la vie de chacun de nous.

Non, mes sœurs, il y a plus fort que MANGER.

Diriger une communauté humaine, quelle que soit sa taille est un sacerdoce.

Le bonheur de visiter des enfants d’une École primaire déshéritée, la joie d’apporter l’électricité et l’eau à des populations rurales, l’excitation de partager le repas d’une famille pauvre sans calories et sans goût sur un tabouret branlant, l’entrain de serrer les mains de vieilles dames illettrées, qui n’ont jamais approché ni parlé à une autorité, faire irruption dans des villages, dans des écoles pour s’imprégner des besoins des populations et tenter d’y apporter des solutions, résoudre des conflits, réconcilier des communautés opposées, sécuriser les populations et pourvoir à leurs besoins remplit votre être entier d’un bonheur innommable.

Non, mes frères et sœurs, la vie ne se résume pas à MANGER.

Notre génération, nous tous qui avons eu le bonheur d’être allés à l’Ecole et qui sommes un espoir pour les masses rurales et les populations urbaines pauvres, nous devons changer notre relation avec l’argent et la matière, notre relation avec le service à la communauté, notre relation avec notre peuple. »

Paula K. avec Alex Dimeco, Correspondant/Akody.com
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