Côte d'Ivoire : Pulchérie Gbalet charge Ouattara dans une déclaration très musclée

A peine sortie de prison, Pulchérie Gbalet reste déterminée. La présidente de Alternative citoyenne ivoirienne, s’est prononcée sur l’actualité socio-politique qui mine le pays.   

Pulchérie Gbalet: "Les ivoiriens ploient sous le poids de la cherté de la vie"

Dans une déclaration publiée en fin de soirée du mercredi 30 juin 2021, la militante Pulchérie Gbalet libérée après huit mois de détention provisoire, après un appel à manifester pacifiquement contre un troisième mandat d’Alassane Ouattara, charge le régime d’Abidjan.



Pulchérie Gbalet

Ci-dessous; l'intégralité de sa déclaration en conférence de presse ce 30 mai

L'ACTUALITE SOCIOPOLITIQUE DÉNOMMÉE « REGARD SUR L’ACTUALITE »

Chers amis de la Presse,

Chers compatriotes,

Nous avons décidé de nous prononcer désormais tous les mois sur l’actualité parce que les choses vont de mal en pire dans notre pays et il est du devoir de la société civile d’interpeller les uns et les autres, particulièrement le Gouvernement.

Notre intervention va porter sur huit (8) points :

- La cherté de la vie

- Les institutions Budgétivores

- Les lois en vue

- La situation de l’école ivoirienne

- L’insalubrité

- Le retour du Président Laurent Gbagbo

- La réconciliation et

- Les projets à court terme de ACI.

I- LA CHERTÉ DE LA VIE

Aujourd’hui, les populations ivoirienne ploient sous le poids de la cherté de la vie.

En ce qui concerne les fonctionnaires, malgré le déblocage des salaires en 2015, le paiement du stock des arriérés et des bonifications indiciaires en 2017, leurs conditions de vie sont toujours difficiles parce que :

- Les coûts des logements ne cessent de grimper avec la surenchère sur les cautions et malheureusement tous les fonctionnaires ne bénéficient pas d’une indemnité de logement. Ceux qui en bénéficient ont besoin d’une augmentation de cette indemnité qui est insuffisante pour faire face aux coûts du marché ;

- Leur prime de transport est dérisoire. Elle est de 7000 F pour ceux d’Abidjan et 5000 F pour ceux de l’intérieur du pays, alors qu'un travailleur à Abidjan dépense au moins 1000 F par jour, ce qui fait au moins 22000 F par mois pour les 22 jours ouvrables ;

- L’allocation familiale est toujours de 2500 F par enfant ce qui est dérisoire ;

- Alors que les fonctionnaires constituent le nombre le plus important des travailleurs qui font fonctionner l’Etat, ils n’ont pas de 13ème mois, encore moins une gratification pour alléger les charges qui flambent en décembre et janvier avec les fêtes de fins d’année ;

- Enfin seulement 3% des fonctionnaires vont à la retraite avec un logement et jusqu’à présent nous n’avons pas encore le bilan des logements sociaux qui étaient censés soulager les besoins en logements des ivoiriens.

Quant aux travailleurs du secteur privé, ils sont livrés à toutes sortes d'abus particulièrement dans les zones industrielles, dans les entreprises familiales et dans les écoles privées. Que dire des travailleurs domestiques ? Qu'ils soient au public comme au privé, ils sont victimes de multiples abus.

Pour ce qui est des populations rurales, l’agriculture ne nourrit plus son homme à cause de la mévente des produits agricoles et du non respect des prix officiels par les acheteurs véreux. En outre, leurs conditions de vie sont difficiles en raison de l’accès aux infrastructures sociales de base encore très faible. II existent plusieurs localités sans eau potable, sans infrastructures de santé, sans école primaire, sans électricité et sans route pour faciliter l’écoulement des produits.

Et c’est dans ce contexte, que la cherté de la vie va en grandissant avec :

- Les factures de la CIE et la SODECI qui augmentent sans explication ;

- L’accès à la santé qui est difficile avec une CMU et la MUGEFCI qui fonctionnent beaucoup plus comme des caisses noires puisque les fonctionnaires sont obligés de souscrire à des assurances privées pour garantir la santé de leurs familles, alors qu’ils sont systématiquement prélevés à la fois pour la MUGEFCI et la CMU ;

- Des hôpitaux publics qui fonctionnent comme des cliniques ;

- Des écoles publiques où les parents sont soumis à des cotisations au gré des chefs d’établissement et des enseignants ;

- Le coût du kilo de la viande qui a augmenté de 2500 à 3000 F avec os, 3500 F sans os ;

- Le kilo de riz a connu une augmentation de 100 à 150 F selon les qualités de riz. Même l'attiéké, qui est devenu le second accompagnement après le riz, est devenu cher ;

- Le prix de la tonne de ciment est passé de 65 à 100 000 F CFA ;

- Le coût du carburant lui aussi ne fait que grimper et cela se répercute sur le coût de tous les produits.

Par rapport aux prix des denrées de première nécessité, le ministère du commerce ne maîtrise pas les prix car chaque commerçant applique les prix qu’il veut et les populations sont livrées à elles mêmes.

Face à cette situation intenable et déshonorante pour les chefs de ménages, ACI interpelle le gouvernement sur la nécessité de prendre des mesures pour soulager nos concitoyens. Nous appelons les commerçants au respect des prix et à être sensibles à la souffrance des populations en pratiquant les prix justes et raisonnables.



II- LES INSTITUTIONS BUDGÉTIVORES - Pulchérie Gbalet

Pendant que la cherté de la vie oppresse le peuple et que le pays est surendetté, l’argent du contribuable est gaspillé dans la création d’institutions budgétivores et inutiles que sont entre autres la Chambre des Rois et Chefs Traditionnels, le Senat et récemment les Ministres-Gouverneurs.

La Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels :

Selon la loi N°2014-428 du 14 juillet 2014, en son article 6, « les Rois et Chefs traditionnels sont soumis aux obligations de neutralité, d’impartialité et de réserve. Ils doivent s'abstenir d'afficher leur appartenance politique ». En son article 9, sont définies leurs attributions comme suit, et je cite « La Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels de Côte D’Ivoire contribue à la valorisation de la fonction d’autorité traditionnelle et à la promotion des us et coutumes ainsi que des idéaux de paix et de développement. » dont les missions de médiation dont les ivoiriens ont grand besoin aujourd’hui. Que constatons nous ?

Non seulement cette institution reçoit plus 4 milliards par an, mais les Rois et Chefs Traditionnels, particulièrement leur président ne se gêne pas pour envenimer les conflits qu'il se garde de gérer. Nous en voulons pour preuve sa dernière sortie à propos de l’accueil triomphal ou non du Président Laurent Gbagbo. Par ailleurs, on a constaté leurs divergences quant à cet accueil.

Par ailleurs, depuis que nous travaillons sur la réconciliation, nos courriers de demande d’audience ou de séance de travail sont restés sans suite. Nous pensons que les responsables de cette institution gagnerait à sortir des réactions partisanes pour travailler à la paix et mériter le respect qu'on leur doit.

Le Sénat

Du point de vue de la fonction de représentation, une comparaison avec celle des Députés permet de nous situer. Le Sénateur assure la représentation des collectivités territoriales et des ivoiriens de l’étranger. Quant au Député, il est le représentant de la nation toute entière. Le terme « Nation » s’étend de la volonté de vivre ensemble, de bâtir un avenir commun. Cela revient à dire que les ivoiriens de l’étrangers font bien partie de la nation ivoirienne, d’autant que le lien affectif entre eux et la Côte d’Ivoire ne souffre aucune contestation.

De façon simple, on dira que les pouvoirs du Député englobent ceux d’un Sénateur.

Sur le mode électoral, le Député à plus de légitimité en cela qu’il est issu du suffrage universel direct. Le Sénateur, élu au suffrage universel indirect, bénéficie d’une légitimité doublement amoindrie, car le tiers des Sénateurs est nommé par le chef de l’exécutif et les 2/3 élus par les conseillers régionaux et municipaux. Certains ont pu dire que parce qu’issu d’un organe élu par le peuple, il épouserait la légitimité de ce dernier. En suivant cet argumentaire, on parlerait plutôt d’une « légitimité dérivée ».

On conclura sur ces deux plans, que le Député a un pouvoir supérieur à celui du Sénateur quoique les deux soient appelés à participer à l’œuvre législative.

Pour ce qui concerne le fonctionnement de l’institution, faisons remarquer que la Côte d’Ivoire compte 255 députés. Chacun de ces députés à un budget d’installation dès son élection, des primes de session ainsi que des émoluments mensuels qui varient selon que le Député occupe une fonction organique prévue par le règlement de l’Assemblée ou est un simple Député.

L' élection sénatoriale a installé 120 Sénateurs. Comme les Députés, ils auront un traitement assez honorable et des privilèges liés à leur fonction. Avec un total de 375 membres du Congrès, le budget de l’Assemblée nationale va nécessairement flamber. Ce nombre va-t-il améliorer le travail des Députés et Sénateurs ? Le bicaméralisme ne peut pas à lui seul être regardé comme permettant de doter le pays de lois efficaces. Encore faut-il qu’elles soient effectivement appliquées.

La question du caractère « budgétivore » du Sénat, mérite qu’on y accorde une attention particulière. Récemment, le Sénégal a supprimé le Sénat. Les économies liées à la suppression de cette institution sont évaluées à près de 12 millions d’euros. Une telle manne pourrait être aussi gagnée par la Côte d’Ivoire en faisant l’économie du Sénat. Cela pourrait servir à améliorer les services de santé, réhabiliter les routes. Bref, investir dans certains services prioritaires.

La nomination de Ministres-Gouverneurs

le 18 juin 2021, le Chef de l'état a procédé à la signature d'un nouveau décret portant nomination de 12 nouveaux ministres Gouverneurs. Portant leur nombre à 14 ministres-Gouverneurs et le total de Ministres à 51.

En plus des collectivités décentralisées que sont les Conseils Régionaux, nous avons affaire à des Conseils Régionaux bis qui non seulement alourdissent le fonctionnement de l'administration mais également augmentent inutilement les charges de l'état. Cette nouvelle situation n'est indéniablement pas en adéquation avec les besoins du peuple de Côte-d’Ivoire.

Elle nous emmène aux interrogations suivantes :

Comment cette pléthore d’institutions décentralisées nouvelles va-t-elle s’agencer avec toutes les nombreuses représentations existantes de l’État ? Quelles nouvelles charges va-t-on encore infliger au contribuable pendant que l’État a déjà d’énormes difficultés à mettre à disposition les budgets des Conseils Régionaux et mairies ? Quelles solutions a-t-on trouvé aux conflits de compétences existants dans les districts existants avant de rajouter 12 autres districts ?

Nous interpellons ici les députés et tous ceux qui ont une mission d’assistance et de conseil auprès du gouvernement pour qu’ils mesurent leurs responsabilités.

III- Les lois en vue

En matière d’avant projet de loi, nous portons à votre connaissance qu'un avant-projet de loi sur la société civile est en cours d’élaboration au Ministère de l’intérieur. Nous espérons que toutes les organisations de la société civile qui comptent seront associées à sa validation, le plus important par rapport à ce projet étant la garantie du respect des libertés publiques.

IV- LA SITUATION DE L'ECOLE IVOIRIENNE

D'une manière générale, le niveau de l’école ivoirienne a baissé, depuis une décennie, tant par rapport aux choix pédagogiques, à la qualité de l’enseignement, aux compétences des enseignants que par rapport au niveau des élèves.

Par ailleurs, l’environnement moral de l’école s'est sérieusement dégradé à travers l’introduction de la drogue dans les établissements, l'alcool, le proxénétisme, la corruption sous toutes ses formes, les vacances anticipées imposées par les élèves, en un mot l’incivisme total.

Nous saluons les initiatives prises par le nouveau Ministre de l’éducation nationale et nous espérons qu’elle pourra redorer l'image de l’école ivoirienne. Nous savons que ce ne sera pas facile, vu les incidents constatés lors de l’examen du BEPC, mais nous lui témoignons tout notre soutien et nos encouragements.

V- L'INSALUBRITE

Il est important d’interpeller les autorités en charges de la salubrité sur le constat, depuis un certain temps, du non ramassage des ordures à travers la ville d’Abidjan. Non seulement cela est nocif pour la santé de nos concitoyens, mais avec la saison pluvieuse le drainage de ces ordures par les eaux pluviales obstrue les caniveaux et cela favorise les inondations. Pendant que nous n’avons pas encore atteint les pics de pluie, mieux vaudrait prendre les dispositions pour assainir la ville.

Par ailleurs, nous espérons que le gouvernement a pris les dispositions pour éviter les situations dramatiques qu'ont causées les inondations ces dernières années.

VI- LE RETOUR DU PRÉSIDENT GBAGBO - Pulchérie Gbalet

Le retour du Président Laurent Gbagbo est très salutaire par rapport à la réconciliation. Nous attendons qu’il finisse avec le deuil de ses proches pour échanger avec lui sur la situation sociopolitique du pays et sur la réconciliation nationale.

VII- LA RÉCONCILIATION - Pulchérie Gbalet

La réconciliation est une exigence pour la Côte-d’Ivoire et malheureusement depuis déjà 2 décennies passées, non seulement les conditions ne sont pas encore réunies, mais l’actualité ne nous rassurent pas sur la volonté du pouvoir en place à aller à la réconciliation.

Comment comprendre que pendant que nous réclamons la libération des prisonniers politiques, l’accueil du Président Laurent Gbagbo soit marqué par de nouvelles arrestations ? Par ailleurs, est-il normal que ceux qui ont donné les mots d’ordre pour le NON au 3ème mandat et pour la désobéissance civile soient en liberté alors que ceux qui ont participé sont encore emprisonnés ? Nous réclamons donc la libération de Koua Justin, N’Dri Narcisse, Aguédé Paulin, l’étudiant Bayé et ses camarades, ainsi que tous les autres.

Par ailleurs, il est important de relever qu’il existe encore des prisonniers civils et militaires de la crise de 2010, pour certains sans jugement, alors que ceux à qui ils ont obéi sont libres, acquittés ou amnistiés.

Comment comprendre qu’à un moment historique comme le retour du Président Laurent Gbagbo, le Président de la République n’a pas été là pour l’accueillir ni envoyé un Ministre pour le représenter, pas même celui de la réconciliation ? Nous pensons que cela aurait été un acte fort pour la réconciliation.

Comment comprendre que la CPI ait acquitté le Ministre Charles Blé Goudé et qu’il ne soit pas rentré avec le Président Laurent Gbagbo ? Pourquoi n'a-t-il pas encore reçu son passeport ?

Comment comprendre que le Président Soro Guillaume qui est aussi un acteur majeur pour la réconciliation soit condamné par contumace à perpétuité contrairement à l’arrêt de la cour africaine des droits de l’homme et des peuples ? En plus son mouvement GPS a été dissout. Cette décision anticonstitutionnelle par rapport à la liberté d’association est très inquiétante et va à l’encontre de la réconciliation.

Nous devons reconnaître que des efforts ont été faits le Président de la République, la preuve un ministère de la réconciliation a été créé et le Président Laurent Gbagbo est rentré, mais beaucoup reste à faire. Le Chef de l’Etat devrait faire en sorte de réunir toutes les conditions de la réconciliation et nous sommes là pour attirer son attention sur ce qui reste à faire. Lorsque nous avons rencontré le Ministre de la réconciliation, il était question d’avoir une séance de travail sur la question. Nous attendons impatiemment de pouvoir faire nos propositions.

VIII- LES PROJETS À COURT TERME DE ACI

Eu égard aux faits énumérés ci-dessus, ACI en arrive à la conclusion que les conditions pour l’organisation d’un dialogue national inclusif, que ACI réclame depuis 2019, sont loin d’être réunies, à savoir le retour de tous les leaders politiques et la libération de tous les prisonniers politiques. ACI a donc décidé de prendre le taureau par les cornes en organisant des assises de la réconciliation nationale du 06 au 10 décembre 2021.

En effet, vu l’actualité et vu les perspectives, nous pensons qu’il est du devoir de la société civile de rassembler tous les acteurs sociopolitiques pour une réflexion autour de la démarche à adopter pour une réconciliation effective.

Avant cela, nous comptons organiser du 12 au 14 octobre 2021 les états généraux de la société civile. Il s’agit pour nous de rassembler tous les acteurs de la société civile ivoirienne autour d'une réflexion sur notre rôle, notre bilan, nos perspectives et notre unité d’action.

Par rapport aux victimes de la crise électorale de 2020, nous allons poursuivre les visites de compassion aux familles.

Enfin ACI aura son Assemblée Générale Élective le 14 août prochain et nous remercions tous nos nouveaux membres pour la confiance.

Je vous remercie.

#sercompeg

#ACI


Eugène SAHI
Afrique-sur7

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