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Exportation/Filière banane : La Côte d'Ivoire récupère son premier rang africain

Avec un volume d'exportation vers l'Union Européenne estimé à 306.550 tonnes selon des données Eurostat, la Côte d'Ivoire s'est classée au premier rang des exportateurs africains en 2016. Une place qu'elle avait perdue au profit du Cameroun deux années durant. 2015 aura été contrariante pour la filière banane ivoirienne.
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Avec un volume d'exportation estimé à 278.247 tonnes de banane dessert vers l'Union Européenne, le Cameroun avait réussi en effet à conserver son avance sur la Côte d'Ivoire, acquise en 2014 avec un volume de 257.152 tonnes. Ainsi au cours de 2014 et 2015, la Côte d'Ivoire a enregistré des contreperformances estimées respectivement à 252.766 et 254.218 tonnes selon des données sur le cumul des importations de 12 mois dans l'Union Européenne publiées par Eurostat.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ces baisses dans la filière banane en Côte d'Ivoire, mais une seule revient toujours dans les commentaires des experts : l'inondation de 2014 dans le village de Grand Niéki, à Aboisso. «En 2014, la superficie totale de plantations de bananes était estimée à 6.000 ha. Sur cette superficie, plus de 1.000 ha (ndlr: environ 1.300 ha) ont été dévasté par l'inondation à Niéki, ce qui représente plus de 20% de la surface et par ricochet 20% de la production», explique Patrick Houben, gestionnaire de programmes à la section coopération agriculture et développement ruraI à la délégation de l'Union Européenne en République de Côte d'Ivoire, au cours d'un entretien qu'il nous a accordé la semaine demière au siège de l'Institution à Abidjan. Cette inondation a été catastrophique pour la Compagnie Fruitière (SCB), propriétaire de ces plantations victimes et principale productrice de banane dessert en Côte d'Ivoire avec 65% de la production nationale de banane destinée à l'exportation.

Olivier Biberson, Directeur Général de la SCB, cité par l'AFP, indiquait au mois de juillet 2016, que l'inondation avait englouti, le quart de son chiffre d'affaires à l'époque. Avec les bons chiffres de 2016, l'on peut dire que cette catastrophe naturelle n'est maintenant qu'un lointain souvenir. Il ne pouvait être autrement vu les efforts qui ont été déployés de part et d'autres, notamment par l'Union Européenne pour améliorer la compétitivité de la filière banane ivoirienne à travers la mise en œuvre du programme Mesures d'Accompagnement Banane (MAB) en vigueur depuis 2013 pour une période de 6ans. 

Améliorer la compétitivité de la filière banane ivoirienne «L'objectif des MAB, c'est d'améliorer la compétitivité des producteurs ivoiriens par rapport au marché international» indique Patrick Houbcn, avant de nous faire l'historique de l'aide de l'Union Européenne à la filière banane africaine depuis 2009. En effet, grâce aux accords de Cotonou et à l'APE intérimaire, les droits d'entrée de la banane ACP sur le marché européen sont de 0 francs. Ce qui n'est pas le cas pour les bananes latino-américaines qui doivent payer aujourd'hui 75 euros la tonne, au lieu de 130 euros, il y a quelques années. Malgré cette difference de traitement, les producteurs africains n'arrivent pas à compétir avec leurs homologues Sud-Américains, et puisque les droits d'entrées vont en diminuant au fil des années, la compétition devient de plus en plus difficile pour eux.

Ce qui amène l'Union Européenne a décidé à l'occasion des négociations OMC tenues à Genève en 2009, d'apporter une aide spéciale aux pays africains pour les amener à être à un bon niveau de compétitivité. C'est tout le sens du programme MAB.

Il faut noter qu'entre temps, tous les petits producteurs ivoiriens, voire africains, ont disparu et ont laissé toute la place aux grands groupes industriels tels que la SCB, Canavese, Wanita et Jean Eglin (pour ne prendre en compte que le cas de la Côte d'Ivoire), qui sont pour la plupart des entreprises françaises. Depuis plus de 3 ans donc, l'Union Européenne à travers les MAB essaie d'atteindre cet objectif à travers quatre composantes : l'amélioration de l'outil de production pour un montant de 20 millions d'euros, l'amélioration des conditions de travail (8 millions d'euros), la création de plantations villageoises (10 millions) et l'adressage des aspects environnementaux (3 millions).

En tout, au 30 juin 2019 date de fin d'exécution, le programme aura coûté 44 millions d'euros soit 29 milliards de FCFA. «Pour les aider à se mettre à un meilleur niveau de compétitivité l'Union Européenne a mis en place des subventions qui se concrétisent en des améliorations d'outils de production, notamment les stations d'emballages, les systèmes d'irrigation, les systèmes de transport de régimes de bananes par câble, la création de plantations, etc», poursuit Houben. Dans le cadre de la gestion des conséquences des inondations en 2014, la société SCB a bénéficié de cette subvention. La remise en place des plantations qui a couté six millions d'euros, a été financéç à hauteur de 80% par l'UE.

ce qui a permis de réaliser 850 ha. Une autre partie importante de l'aide concerne le logement des travailleurs dans le cadre de l'amélioration des conditions de travail. Il s'agit de réhabiliter des logements existants et d'en construire d'autres dans la mesure où l'objectif d'augmentation de production va avec des augmentations de surface (actuellement les surfaces totales en production en Côte d'Ivoire sont esiimés à 8.000 ha), or pour un ha de bananeraie, il faut au moins 1,5 travailleur et tout ce monde doit être logé. L'idée c'est de lutter contre l'absentéisme des travailleurs, possible cause de contreperformance, en les hébergeant à proximité des plantations. C'est en tout cas une politique que la majorité des sociétés de plantations de bananes ont adopté pour une question d'efficacité. 
Le renforcement des plantations villageoises 
Dans le cadre de l'amélioration de la compétitivité banane, l'Union Européenne veut aceorder une place de choix aux plantations villageoises. Elles ont en partie disparues, écrasés par les multinationales et par leur incapacité à répondre aux exigences du marché international. Mais, l'UE veut aujourd'hui se servir d'elles pour appuyer l'activité des multinationales en s'inspirant du succès des filières palmier à huile et sucrières en la matière.

«C'est la grande nouveauté du programme MAB ... L'Etat ivoirien dans sa stratégie de développement de la filière 2010-2019, a suggéré d'aider à la réinstallation de petits planteurs. Et c'est ce que nous faisons en tenant compte des leçons de l'histoire récente de la filière. Nous allons donc réinstallés des planteurs dits villageois, mais qui vont être encadrés par les société, industrielles qui vont les aider sur les aspects qualité et faciliter l'exportation de leurs produits, si bien sûr ces derniers veulent viser le marché extérieur». Dans la pratique, les industrielles se sont engagés à mettre en valeur des surfaces périphériques à leurs périmètres de plantations industrielles et à les céder après avoir recruté des entrepreneurs agricoles ayant des profils adaptés.

Dans sa phase pilote, ce projet prend en compte deux blocs de 200 ha. Ces blocs vont être divisés en 10 parcelles de 20 ha et une parcelle de 20 ha va être cédée à un entrepreneur. Les entrepreneurs vont travailler à 10 sur une seule station de conditionnement et de traitement de bananes dessert. Ce qui nécessite qu'il se regroupe en association pour gérer ensemble leur bien commun, ainsi que la production et le partenariat avec l'industriel. Pour l'heure, c'est la SCB qui a été désigné pour cette partie du programme. Depuis un an, le projet est en phase «aménagement de la plantation» et recrutement des candidats en collaboration avec le Ministère de l'Agriculture. Ce dernier a reçu une centaine de candidature, il reste à sélectionner les 20 entrepreneurs bénéficiaires.
 
Source : La Tribune de l'Economie n° 365 du mardi 14 février 2017, p.2
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