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Timité Amadou, président de l'Union des Commerçants des États de l'Afrique de l'ouest (UCEAO), section Man à propos de la corruption: « Un individu qui se fait couvrir dans une administration, c'est qu'il y a quelque chose de pas clair »

Timité Amadou, président de l'Union des Commerçants des États de l'Afrique de l'ouest (UCEAO), section Man à propos de la corruption: « Un individu qui se fait couvrir dans une administration, c'est qu'il y a quelque chose de pas clair »

 Opérateur économique et président UCEAO section Man, Amadou Timité s'est confié  à nous. Dans cet entretien, l'homme sans faux fuyant aborde tout ce qui gangrène le milieu du commerce dans le Tonkpi. Il dénonce l'attitude de l'administration qui souvent cautionne la fraude.

 Depuis quand existe la section que vous dirigez ?

 La structure sur le plan national existe depuis 1999. La première assemblée générale a eu lieu le 17 septembre 1999 avec M. Angama qui fut le premier président. Et après Gbogbo Denis Valdes a pris les rênes de la structure et a engagé un vaste mouvement d'installation de section à travers le pays.

 C'est ainsi qu'en 2012, il a pris contact avec nous. Il faut dire qu'on existait ici avec la Coalition de Commerçants et Opérateurs Économiques des Montagnes qui s'était engagée à organiser le secteur commercial après la crise. C'est donc ce que nous avons fait qui a permis que le président nous confie le Tonkpi depuis 2013 avec notre installation officielle.

 Depuis 2013, l'UCEAO est présente à Man. Quelles sont les missions à vous assignées et les actions déjà menées sur le terrain ?

Premièrement, la mission de base qui l'assistance des opérateurs économiques et commerçants.

 Du fait qu'on sortait de la guerre, les impôts avaient du mal a s'installer. La plupart de ceux qui se sont installés à faveur de la crise, ne savaient pas ce que c'est qu'une taxe, le fonctionnement d'un Etat. En 2009, nous avons assisté les impôts avec notre coalition, ensuite, l'UCEAO a pris le relais en 2013. Nous avons aidé les structures à s'installer.

 Je veux parler des douanes, des impôts et la direction régionale du commerce. Nous avons fait beaucoup de sensibilisation des commerçants et opérateurs économiques.

 Passer sur les antennes des radios locales pour inculquer le civisme fiscal afin qu'ils sachent que quand on travaille, il faut avoir une contribution au niveau de l'État, qui en retour donne toutes les garanties pour exercer dans un environnement sain et sécurisé.

 Deuxièmement, on est allé voir les cadres. On a discuté d'un certain nombre de choses. Notamment, l'insertion des jeunes ivoiriens dans le circuit de distribution de certains produits locaux. Nous avons en son temps du problème du marché de Man, l'assistance des commerçants et surtout ma création d'une mutuelle au niveau des commerçants pour qu'ils aient accès aux assurances et autres. Nous suivons nos syndiqués régulièrement. Le problème à Man, c'est qu'il y a une forte communauté étrangère et un bon nombre d'analphabètes qui ne connaissent pas la culture syndical. On fonctionne difficilement mais on va avec. Il y a des situations où nous avons pesé de notre poids pour ramener la quiétude.

 Quelles sont vos relations avec les autres organisations syndicales du Tonkpi ?

 On se voit régulièrement. On a même en projet la création d'une plateforme. Les projets de texte sont prêts. Mais il faut reconnaître qu'un problème de leadership fait entorse. Il y a des individus qui pensent et prennent les associations pour parvenir à des fins. Il y a un artiste qui a dit dans le temps, "ONG peut donner ministère". C'est dans la tête de beaucoup de personnes qui pensent qu'il faut arriver là pour gravir un certain échelon. Mais nous à notre niveau, ce n'est pas le cas. Nous ne sommes pas là pour une promotion à un poste politique, mais plutôt assister les commerçants, tel est notre credo.

 Et au niveau de l'administration centrale ?

 Avec l'administration centrale, il n'y a pas de lien particulier. Le problème est national mais plus accentué ici à l’ouest, pour le fait d'être adossé à deux frontières. La fraude est très répandue. Et croyez-moi, la fraude ne peut pas se faire sans la complicité de certains agents dans l'administration.

 L'administration fait le tout pour le tout. Mais jusqu'à aujourd'hui il y a beaucoup à faire sur le plan fraude. Personne ne peut frauder sans la complicité d'une partie de l'administration. Et c'est ce que nous dénonçons au fur et à mesure. Des agents vont sur le terrain, ils font ce qu'ils veulent et il n'y a aucun suivi.

 Si sur le marché des produits frauduleux sont vus c'est que quelque chose ne va pas. Un produit qui se retrouve sur le marché dans un magasin est supposé être dédouané. Mais hélas, on voit les douanes dans les magasins entrain de contrôler, ce qui me semble être du ressort du ministère du commerce.

 Alors que reprochez-vous à l'administration ?

 Nous, nous avons pour devoir de veiller à la libre circulation des biens et des personnes, assister les commerçants et veiller à ce que les lois et réglementations de l'État soient respectées. Mais en retour, une fois que cela est fait, les usagers ne devaient pas tomber dans la fraude. À Man ici, les syndicats fonctionnent difficilement, car chaque commerçant a son cadre. Quand vous allez à la douane, aux impôts, chaque commerçant a son ami qui gère son problème.

 Du coup, quand il y a des contacts comme ça, c'est qu'il y a des choses officieuses.  Il va s'en dire que quelque chose ne va pas en dessous. On demande à l'administration de travailler avec les organisations professionnelles, avec les syndicats. Et on pourra ainsi, limiter un certain nombre de chose. Surtout la fraude en faisant tout pour que les commerçants se conforment aux lois en vigueur.

 Selon vous qu'est-ce qui favorise cela ?

 C'est la corruption. Un individu qui se fait dans une administration, c'est qu'il y a quelque chose de pas clair. Celui qui se fait parrainer c'est qu'il cache quelque chose. Celui qui travaille normalement n'a pas besoin de parrain.  Aujourd'hui, les choses sont en train d'être dématérialisées.

 On peut rester dans son magasin et payer ses impôts. Comme beaucoup n'aiment pas payer leurs impôts comme il se doit, ils se font parrainer. Il y a une bonne volonté et nous demandons que l'administration accepte de travailler avec les syndicats.

 Il y a de cela quelques années, vous dénoncez la concurrence déloyale imposée à certains de vos syndiqués. Qu'en est-il aujourd'hui. Les choses ont changé où elles se sont empiré ?

 
Bon! Je peux dire que les choses se sont un peu arrangées. Car de la manière c'était officiel et répandu, ça a changé. Il est difficile d'aller sur le marché et trouver dans les étalages des produits venus d'ailleurs.

 Comme c'était le cas où au vu et au su de tous les choses se faisaient. Il y a une grande avancée à ce niveau. Il y a des stocks cachés qu'on fait sortir au fur et à mesure. Les gens se cachent maintenant et cela est bien. Je pense bien que si on s'y met, si les syndicats ont le pouvoir qu'il faut auprès de l'administration, ce sont des choses qui vont prendre fin. Je pense qu'il faut donner aux syndicats et organisation professionnelle leur part dans la lutte contre la fraude.

 Cette faiblesse n'est-elle pas le fait que les syndicats soient plus politiques, abandonnant leur mission première ?

 C'est ce que je dénonçais plus haut. Plus de responsables syndicaux considèrent le syndicalisme comme une rampe de démarrage vers un avenir politique. Quand ils viennent, ils ont un objectif précis. Ils viennent avec leurs moyens financiers qu'ils injectent et font un certain nombre d'actions, financent quelques personnes.

 Alors que le syndicat est appelé à fonctionner avec les cotisations des adhérents, il y a des gens qui veulent l'utiliser pour se faire une place sur l'échiquier politique. L'exemple le plus grand, c'est bien l'actuel maire d'Adjamé Farikou Soumahoro. Il a fait les 75% de son chemin. Il y a des gens comme ça. Mais c'est l'administration qui doit mettre l'ordre dans le secteur.

 Que doit-on retenir comme votre mot de fin ?

 Aidez-nous à relayer nos informations auprès de qui de droit. Non seulement auprès de l'administration et aussi auprès de nos syndiqués. Au niveau de l'UCEAO, jamais vous n'allez voir notre structure soutenir un quelconque candidat à une quelconque élection.

 Individuellement chacun peut militer où il veut mais jamais la structure. Nous sommes un syndicat apolitique et à but non lucratif. Notre rôle principal, c'est la défense de nos syndiqués et la libre circulation des biens et des personnes.

 Et surtout la lutte pour l'éradication de la fraude. On a en projet l'installation des bureaux aux frontières. Ça va arranger l'État par rapport à l'identification.

 Un individu qui arrive à la frontière, sera conduit à notre bureau. Il sera enregistré et donc identifié. L'organisation du syndicat, c'est dans l'intérêt de toute la Côte d'Ivoire. Il faut que l'administration le fasse.

 

Interview réalisée par Océane Oulai

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