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Bernard Dadié, une tronche de Nobel

Né vers 1916, Bernard Dadié, le père de la littérature ivoirienne, sera mis à l'honneur lors du Salon du livre de Genève, du 27 avril au 1er mai. L'occasion de revenir sur l'œuvre et le parcours d'un auteur engagé, à la fois romancier, dramaturge et poète. Le dramaturge ivoirien Koffi Kwahulé lui rend hommage.

Bernard Dadié, aucune ligne de son œuvre n’en fait mystère, est un écrivain engagé, au sens sartrien du terme, frontalement. Il fut même, entre 1977 et 1986, ministre de la Culture, période pendant laquelle, soit dit en passant, la censure eut la main leste… Est-ce cet engagement sans équivoque qui, créant la confusion entre le politique et l’écrivain, entoure aujourd’hui d’un voile de suspicion la parole de l’homme ? Et explique que la figure de l’écrivain, imperceptiblement, s’efface derrière celle de l’homme politique ?

Mais nous sommes ivoiriens, et nous savons qu’une querelle entre membres d’une même famille n’est que de l’eau chaude, elle ne brûle pas la maison. Aussi, pour continuer à tourner la page jusqu’à la paix, rendons à César ce qui est à César et à Dadié ce qui est à Dadié.
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Rendons à César ce qui est à César et à Dadié ce qui est à Dadié

Son centenaire nous rappelle soudain à quel point la littérature ivoirienne d’expression française est jeune, tellement jeune qu’elle tient dans l’espace d’une vie humaine. Dadié aura en effet accouché de tout. La première pièce, Les Villes, en 1933, la première nouvelle, Mémoire d’une rue, en 1948, et le premier roman, Climbié, huit ans plus tard. La place singulière, pour ne pas dire au-dessus, qu’occupe Dadié dans la littérature ivoirienne tient au fait que son œuvre, prolifique, constitue par sa densité philosophique, historique et politique une manière de bible de la Côte d’Ivoire. Une œuvre avec une tronche de Nobel.

Dadié est notre chance, car en plaçant, dès ses premiers vagissements, la littérature ivoirienne à une échelle aussi haute, il nous a contraints à écrire et à penser grand. Et si quelquefois nous donnons l’illusion d’être nous aussi devenus grands c’est parce que nous sommes constamment obligés de nous dresser sur la pointe des pieds pour être à la hauteur de l’œuvre qu’il a posée. À ce titre, plus que l’ancêtre, Dadié est la matrice. Grâce ou à cause de sa longévité même, il représente le poteau-mitan de nos élans de grandeur et de nos errements. Il est notre miroir, à la fois bouc émissaire et sacrificateur. D’une certaine manière, Dadié est à la littérature ce qu’Houphouët est à la politique. Et on ne brûle pas Houphouët.

Koffi Kwahulé
Jeune Afrique
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