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Après les élections locales 2018 catastrophiques, doit-on craindre pour 2020 ?

La Côte d’Ivoire est à la croisée des chemins. Au fur et à mesure qu’approche l’élection présidentielle de 2020, les peurs et les inquiétudes ne cessent de monter parmi la population.

Et il y a de quoi ! Les alliés d’hier, en l’occurrence les membres fondateurs du RHDP, sont à couteaux tirés ou plutôt ont la main tendue sur le revolver comme les duellistes d’un film western américain.

Le PDCI d’Henri Konan Bédié, devenu radical à souhait, ne veut plus entendre parler du RHDP tant que la règle de l’alternance ne sera pas acceptée par le RDR.
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De son côté, le parti du Président Ouattara, n’a pas l’intention de se laisser mener du bout du nez par le PDCI-RDA. Pour conserver sa position, comme un fauve acculé, il s’est désespérément lancé dans une chasse aux sorcières qui annonce des lendemains lugubres. Les élections locales du samedi 13 octobre 2018, quant à elles, n’auront fait qu’élargir la césure entre le PDCI et le RHDP/RDR.

Considérées comme un véritable test avant la présidentielle à venir, les élections locales 2018 auront été un fiasco, sur tous les points.

Pourtant, avant qu’elles ne se déroulent, l’opinion nationale et internationale avaient tiré la sonnette d’alarmes et mis en garde contre le ton belliqueux de la campagne électorale.

Rien n’y fera, ces élections seront émaillées de regrettables incidents dont les conséquences sont encore visibles. Le jour même du vote, l’on a signalé des affrontements entre militants dans les communes comme Séguéla (nord) et Lakota (sud).

Selon le bilan officiel, ces accrochages ont fait au moins 05 décès, sur toute l’étendue du territoire national, dont celui de Coulibaly Lanciné, superviseur du candidat Koné Tefhour, kidnappé puis assassiné à Abobo PK18. Les trois jours qui ont suivi le déroulement du scrutin, alors que la très contestée Commission Electorale Indépendante (CEI) proclamait les résultats au compte-goutte, des troubles ont éclaté partout, notamment au Plateau et à Vavoua où certains militants de l’opposition soupçonnaient la CEI de vouloir changer les résultats en faveur des candidats de la coalition au pouvoir.

Ce braquage électoral présumé allait susciter des manifestations, parfois très violentes, malgré les interdictions du pouvoir qui s’égosillait à calmer les contestataires.

A Issia, à l’ouest du pays, par exemple, des affrontements ont opposé deux communautés et vu l’intervention de Dozos, une milice acquise à la cause du régime.

Bien que plusieurs cas de fraude aient été observés dans de nombreuses circonscriptions, la CEI du très contesté Youssouf Bakayoko, a décidé de reprendre uniquement l’élection régionale dans le Guémon (ouest) et l’élection municipale à Port Bouët (Abidjan).

Toutefois plus d’une centaine de candidats malheureux ont introduit des recours en annulation à la chambre administrative de la Cour Suprême, dont Yapi N’Dohi Raymond et George Ezaley, respectivement Maires PDCI sortants de Koumassi et de Grand-Bassam où l’Abissa 2018 a été fortement perturbé par les contestations électorales.

Le PDCI ira plus loin, en recrutant deux avocats français pour s’occuper de ses dossiers, au grand dam du pouvoir qui y voit une volonté du vieux parti d’impliquer la communauté internationale.

Pour ne pas arranger les choses, la coalition au pouvoir a procédé au débauchage d’élus indépendants et PDCI.

En effet, au moins 26 nouveaux Maires ont rejoint le RHDP, parti unifié, quelques jours après les élections et ce au mépris de la volonté de leurs militants. Le PDCI, qui a vu son jeune Maire de Tortiya, Blaise Coulibaly, remettre sa victoire au parti au pouvoir, a alors accusé ce dernier de faire du chantage à ses élus au moyen d’intimidations appuyées de la somme de 100 millions de Francs CFA.

Quoiqu’il en soit, le RHDP s’est vu renforcé par ces ralliements tous azimuts. C’est ainsi qu’il s’est finalement retrouvé avec 118 Mairies alors qu’il en avait obtenu, au départ, que 92. Le RHDP reléguait ainsi, loin derrière, le PDCI qui a seulement gagné 52 Mairies. Fort de cette large victoire, la coalition au pouvoir a commencé de s’enorgueillir de sa majorité d’apparence et à narguer le grand rival PDCI. De son côté, le PDCI-RDA a tenté de se consoler en brandissant sa victoire au niveau du nombre d’électeurs.

En effet, si le RHDP a obtenu plus d’élus que le PDCI-RDA, c’est ce dernier qui a récolté le plus d’électeurs puisque le parti septuagénaire a eu plus d’un million de votants tandis que le parti au pouvoir s’en sort avec un peu plus de neuf cent mille bulletins favorables.

Cela est dû au fait que le RHDP a raflé de nombreuses petites communes grâce à la balkanisation électorale des régions du nord, tandis que le PDCI prenait les plus grosses circonscriptions. Le PDCI-RDA peut aussi se vanter d’avoir conquis des communes stratégiques comme Cocody et le Plateau. Mais c’est le RHDP qui a remporté la « bataille d’Abidjan ».

A la sortie des élections locales 2018, RHDP et PDCI sont sûrs de leurs forces, pour des raisons diverses. Chacun estime qu’il a la caution des Ivoiriens dans la perspective de 2020. C’est pourquoi les positions se sont durcies ces derniers jours. Le PDCI-RDA ne porte plus de gants pour parler du régime d’Abidjan. Comme si les masques étaient enfin tombés, les vieux discours ivoiritaires ont refait surface, à travers des pages Facebook comme Radio PDCI.

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Le parti septuagénaire accuse son allié d’hier de tentatives d’intimidations et de harcèlements sur ses cadres. Il en veut pour preuves la brève interpellation de George Ezaley et de ses collaborateurs en rapport avec la contestation électorale. Le Ministre Jean Louis Billon, secrétaire exécutif du PDCI chargé de la communication accuse également le pouvoir de manipuler le fisc à travers les inspections inopinées dans les entreprises de son groupe agro-industriel SIFCA.

La communication entre les présidents Ouattara et Bédié a été complètement interrompu. Elle est au point mort. La nature de leur relation actuelle porte même à croire que le divorce est véritablement consommé. Sous l’impulsion de radicaux, s’agitant de part et d’autre (comme Guikahué au PDCI et Joël N’Guessan au RDR), le point de non-retour a été franchi. De son côté, le FPI, qui a boycotté en partie les élections locales 2018, rumine ses peines. Frappé par une série de décès de ses cadres, en l’espace de trois mois, le parti de Laurent Gbagbo en vient à soupçonner le pouvoir d’en être responsable. La thèse d’un empoissonnement fait son chemin ; Lida Kouassi Moïse en vient même à demander une expertise médicale à l’étranger sur le cas Marcel Gossio.

 Aussi, alors qu’il tente de se rapprocher du PDCI-RDA dans une sorte de coalition du « TOUT SAUF RHDP/RDR » en 2020, le FPI est lui-même au bord d’une autre implosion suite au décès d’Aboudramane Sangaré, affectueusement appelé le « Gardien du Temple ». Ainsi, après la rivalité Affi-Sangaré, nous sommes à l’aube d’une rivalité entre Affi, Simone Ehivet et Assoa Adou, le préféré de Laurent Gbagbo pour remplacer Aboudramane Sangaré, nous dit-on.

Quant aux pro-Soro, ils fourbissent leurs armes, désormais aux yeux de tous, en vue de la présidentielle à venir. Les membres du RACI ne cachent plus leur désir d’installer le Président de l’Assemblée Nationale au pouvoir en 2020. Et tout semble indiquer qu’ils ne reculeront devant rien pour voir leur projet aboutir. Après l’assassinat de Soro Kognon, le licenciement de certains proches du PAN de l’administration et la défaite mitigée de Koné Tefhour, sous fond de meurtre de son superviseur, à Abobo, il leur est resté un arrière-goût très amer, un goût de revanche. Roger Banchi, pro-Soro convaincu, avait ainsi produit une série de tweets contenant des menaces voilées, dont voici un : « La vraie politique n’a même pas encore commencé en Côte d’Ivoire. Vous n’avez assisté qu’au round d’observation », avait-il dit, emboîtant le pas à Soro Guillaume spécialiste des tweets sibyllins. L’on se rappelle encore de son fameux : « N’est pas âne qui on croit » au plus fort de la chasse à ses collaborateurs et qui a fait couler tant d’encre et de salive.

Le jeu trouble de Guillaume Soro, la radicalisation du PDCI-RDA, le silence suspicieux du FPI et le durcissement de ton observé chez le pouvoir nous pousse à nous interroger : Peut-on craindre pour 2020 ? Doit-on, avec Simone Gbagbo nous inquiéter en ces termes : « On va à des élections, et voilà le résultat. Il y a des morts. Ça, c'est élection municipale. Et l'élection présidentielle alors ? ». N’a-t-on pas le droit de se faire du souci face aux discours de plus en plus menaçants des leaders politiques ? Assurément oui, disons-le tout net, sans être pour autant des alarmistes ou des partisans de l’apocalypse.

Tous les ingrédients pour revivre le cauchemar de 2010 sont bel et bien réunis. Les milices qui continuent de sévir (dozos et mutins), les achats d’armes de guerre par le pouvoir (la démonstration a été faite lors de la fête de l’indépendance), Soro Guillaume qui détient la moitié de l’armement du pays selon un rapport de l’ONU en 2017, la CEI toujours aux mains des hommes politiques et en attente d’une réforme problématique, une tentative du RHDP de confisquer le pouvoir au nom d’une instabilité imaginaire, l’opposition qui bande les muscles et par-dessus tout la résurgence du débat ivoiritaire sur internet. Personne ne veut se mettre au-dessus de la mêlée ou faire des concessions. Les positions sont aussi tranchées qu’en 2010 et rien ne présage un changement d’attitude dans les prochains mois.

C’est donc le moment-hélas encore une fois-d’en appeler à la sagesse des hommes politiques, à la maturité de la population et à la responsabilité des leaders religieux et des animateurs de la société civile. En effet, nous avons déjà fait un tel appel à la veille des élections municipales et régionales 2018, mais cela n’a pas empêché que les violences ne surviennent.

Il n’est pas encore trop tard pour ramener les uns et les autres à la raison. Nous sommes tous des Ivoiriens, quel que soit notre bord politique. Nous aimons tous autant ce pays qui nous a vus naître et grandir. Que l’on soit du FPI, du PDCI, du RDR ou du RHDP nous voulons tous le bonheur de la Côte d’Ivoire.

Nous devons comprendre que n’allons pas éternellement transformer de simples élections en guerres civiles avec leur cortège de morts et de destructions de matériels.

La Côte d’Ivoire a besoin de redevenir ce havre de paix qu’elle était avant les années 1990 afin de parvenir à l’émergence qu’elle s’est promise. L’amnésie collective ne doit plus nous gagner en 2020. Pensons à nos enfants et petits-enfants, pensons à notre avenir. Faisons cet effort ultime. Après tout, la politique n’est qu’un jeu et la démocratie la règle de base.

Alex Dimeco, Correspondant / Akody.com

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