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Côte d’Ivoire, un pas de plus vers l’abîme

Ni enfant (qui, par ignorance, ne craint pas le danger), ni somnambule (qui, par inconscience, n’a pas peur du péril), la Côte d’Ivoire est plutôt une nation suicidaire qui sait où elle va et sait ce qu’elle fait. Cette adulte de 59 ans, en pleine possession de ses capacités physiques et mentales, a librement choisi de faire un pas de plus vers l’abîme, malgré les cris d’effarement, les interpellations et les expériences passées.
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Il y a plusieurs mois, nous manifestions notre inquiétude quant au déroulement des élections locales. Elles se sont déroulées et, malheureusement, elles nous ont donnés raison : intimidations, suspicions de tricheries, troubles, contestations et … des morts, hélas. 

Après ces élections locales catastrophiques qui nous ont donné de sérieuses raisons de craindre pour la présidentielle de 2020, le climat socio-politique s’est davantage détérioré. A ce jour, sans vouloir s’abonner à une quelconque forme de cynisme, on peut dire, de façon lucide et sans risque de se tromper (bien que nous espérons nous tromper), que les ingrédients d’une grave crise sont réunis, ou presque. 

Chronologie des faits 

Après donc les dernières élections locales, sous le couvert de la justice et de la lutte contre l’impunité, des audits ont été  commandités dans certaines mairies et administrations qui, étrangement, avaient un point commun : la ‘’couleur politique’’ de leurs dirigeants n’était pas la ‘’bonne’’. Un pas de plus vers l’abîme.

Pour la même raison de ‘’couleur politique’’, plusieurs changements ont été opérés à la tête de plusieurs entreprises et administrations. Certains dirigeants ont vu leur gestion fortement perturbée pour les plus chanceux ; certains, moins chanceux, se sont vus écartés, simplement. Un pas de plus vers l’abîme.

Toujours sous le même couvert de la justice et de la lutte contre l’impunité, des personnes ont été emprisonnées pour avoir partagé et/ou publié sur les réseaux sociaux, des informations jugées erronées ou taxées de pouvoir entraîner des troubles publics ; l’immunité parlementaire d’un député a même ‘’volé en éclat’’ face à la ‘’rigueur’’ de la loi, suite à un tweet taxé de ‘’fausse nouvelle’’. Ce député n’avait pas, lui non plus hélas, la ‘’bonne couleur politique’’. Un pas de plus vers l’abîme.

Bien évidemment, la connotation hégémonique qui a accompagné tous ces audits et emprisonnements, à tort ou à raison, était que les personnes concernées n’avaient pas la bonne ‘’couleur politique’’, suscitant ainsi la grogne et, dans certains cas, le courroux de leurs partisans de même ‘’couleur politique’’ qui, dans ce cas, s’avère ne pas être la bonne (couleur). Un pas de plus vers l’abîme.

Pendant ce temps, certains élus, de façon ‘’sage’’ et certainement pour ne pas subir, eux-aussi, la ‘’rigueur’’ de la justice qui pourrait les empêcher de bénéficier d’un mandat plein et calme, décident de changer de camp et d’arborer la ‘’bonne couleur politique’’, estimant qu’elle est ‘’gage de paix et de stabilité’’, pendant que les anciens, c’est-à-dire ceux étant déjà habillés aux bonnes couleurs, consolident leurs positions d’une manière ou d’une autre, quitte à se boucher le nez, par moment, pour ‘’supporter l’insupportable’’, si besoin est. 

Quant aux autres familles politiques, celles n’ayant pas la ‘’bonne couleur’’, acculées, tentent de nouer des alliances pour être plus fortes et résister au mieux. Une plateforme de l’opposition voit alors le jour, regroupant d’anciens adversaires politiques qui, face à ‘’l’ennemi’’ commun, sont contraints d’oublier le passé et de taire rancœurs et rancunes. Visites de courtoisie, rencontres de concertation et d’échanges, déclarations conjointes, reconnaissance ‘’filiale’’, déclaration ‘’d’amour’’, aveux de regrets, …etc vont rythmer cette plateforme de l’opposition.  

La plateforme ayant pris forme et la ‘’guerre’’ désormais déclarée, les réseaux sociaux deviennent rapidement l’exutoire préféré pour extérioriser des divergences, pour ne pas parler de haine, longtemps contenues : insultes grossières, montages grotesques, violence verbale, …etc. Bref, tous les détritus sont déversés sur la place publique au nez et à la barbe de la même justice dont la rigueur a semblé, dans ce cas-ci, fortement atténuée ou carrément inexistante. Un pas de plus vers l’abîme.

Coup de tonnerre ! la CPI annonce la libération de l’ex-Président Gbagbo et de Blé Goudé. A la grande joie de certains ivoiriens et de plusieurs leaders politiques qui ont dit voir en cette libération une occasion de faire avancer le processus de réconciliation. Mais, surprise ! Des voix s’élèvent, dans ce même pays en quête de réconciliation, pour contester leur retour, certains allant jusqu’à menacer de tuer encore en 2020 si la libération était effective. Un pas de plus vers l’abîme. 
 
Heureusement ou malheureusement, Gbagbo Laurent et Blé Goudé, ayant finalement bénéficié d’une liberté conditionnelle, ne rentreront pas maintenant en Côte d’Ivoire. 

Dans la même période, une avocate, dite ‘’avocate des victimes de la crise’’, les environ 700 victimes répertoriées par la CPI, atterri en urgence à Abidjan afin de les rassurer et leur expliquer les tenants et les aboutissements de cette libération et surtout ce à quoi elles (les victimes) doivent s’attendre. Au même moment, les représentants d’environs 800 victimes originaires de l’ouest du pays, estimant avoir aussi payé un lourd tribu à l’occasion de cette crise, ont donné de la voix pour savoir si la notion de victime était liée à la couleur politique. Les réactions semblaient confirmer cela. Un pas de plus vers l’abîme. 
 
Advient le Congrès, tant attendu, de la bonne couleur politique. Occasion pour tous les membres, nouveaux et anciens, de confirmer leur adhésion à la bonne couleur politique.  Avec une absence très remarquée néanmoins, celle d’un ancien membre, et pas des moindres ; absence qui a énormément déplu. Mais le message était clair et cette absence sera considérée comme un renoncement à la bonne couleur politique et l’absent de marque subira le même sort que les autres : il est poussé à la démission. Un pas de plus vers l’abîme.
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Pendant que se tenait le congrès de la bonne couleur politique à Abidjan, un autre rassemblement des membres d’une autre couleur politique se tenait également à Daoukro.
 
Une fois encore, ces deux congrès furent l’occasion de défis et dérapages langagiers : ‘’2020 c’est bouclé !’’ ou ‘’enfants adultérins’’, etc. Les derniers propos ont entraîné une avalanche de réactions à la fois violentes et vulgaires, une salve d’insultes inimaginables que personne ne penserait attribuer une femme, peu importe sa couleur politique. Un pas de plus vers l’abîme. 

Et cela est bel et bien arrivé. Sur les réseaux sociaux. Toujours au nez et à la barbe de ‘’notre’’ justice qu’on pourrait taxer, à juste titre, de partiale par moment. 

Juste après cet épisode d’injures et de ripostes au cours duquel nos ''génitrices'' furent très actives, ‘’l’absent de marque’’ au congrès de la bonne couleur politique, poussé entre-temps à la démission, désormais libre de tous ses mouvements et, surtout, n’étant plus astreint au droit de réserve que lui imposait son ancien poste, crée son ‘’mouvement’’ et multiplie les rencontres au cours desquelles il profite pour dire des choses, en clarifier certaines, répliquer, mettre en garde,…etc, en alliant, à souhait, ironie et part de vérité. Ce qui n’est pas apprécié du côté de la bonne couleur politique qui, à son tour, réplique du tic au tac, chaque couleur essayant de ‘’pâlir’’ l’autre par la divulgation d’informations jusque-là secrètes ou relevant du ‘’tabou’’. C’est la guerre des mots, des infos et autres révélations ‘’gênantes’’, etc. Un pas de plus vers l’abîme. 
 
Dans le laps, les remous au sein de l’école ivoirienne, Enseignement Supérieur et Education Nationale confondus, prennent une autre tournure.

D’un côté, les professeurs d’universités réclament de meilleures conditions de travail, le paiement des heures complémentaires des deux années écoulées, et une revalorisation salariale. De l’autre côté, les enseignants des lycées et collèges exigent principalement la suppression des cours de mercredi et l’augmentation de leur prime de logement. Les négociations avec le gouvernement tâtonnent, les cours sont arrêtés dans plusieurs établissements, entraînant l’exaspération des élèves qui, craignant une année blanche, décident, eux-aussi, d’entrer en grève pour demander la reprise des cours. Un pas de plus vers l’abîme.

Comme corollaires de tout cela, un durcissement du ton par le gouvernement et les professeurs, une cristallisation des positions, des professeurs d’universités grévistes ont été emprisonnés puis remis en liberté. Plus récemment, des affrontements entre élèves et forces de l’ordre au cours duquel plusieurs élèves ont été arrêtés par des forces de l’ordre qui, déployées en grand nombre, ont fait preuve d’un zèle remarquable ! Étrangement, au même moment, l’on assiste à une recrudescence des agressions attribuées aux ‘’enfants en conflits avec la loi’’ communément appelés ‘’microbes’’, qui assiègent souvent des zones, dépouillant tous ceux qui ont la malchance de s’y retrouver, sans que nos chères forces de l’ordre ne soient aperçus.  Un pas de plus vers l’abîme.

Tout cela avec pour fond, la course pour la présidentielle de 2020 avec son lot quotidien, comme c’est généralement le cas en Afrique, de divorces, d’alliances, de ralliements, de renvois, de démissions, de nominations, d’affectations, de chantage, de pressions, d’intimidations, d’emprisonnements, d’agressions verbales et, plus inquiétants, certains media évoquent de nombreux mouvements d’armes et de troupes. Un pas de plus vers…une crise. 
 
Tous les faits énoncés plus haut se passent bien en Côte d’Ivoire et achèvent de convaincre tous les observateurs lucides que, dans notre pays, la violence gît sous les apparences, comme la braise sous les cendres. Les ingrédients d’une autre crise sont réunis, ou presque. 

Une prise de conscience urgente, beaucoup de sagesse, d’humilité, de pardon, moins d’égoïsme et d’égocentrisme, moins de rancunes et de rancœurs de la part de tous les ivoiriens et de tous ceux qui vivent dans notre pays, s’avèrent indispensables. 

Puisse DIEU nous y aider.


HL / Akody.com

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