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Le passé n’est pas si loin…. Désamorçons la ‘’bombe’’ des élections locales à venir

2015 à 2018, toute une histoire

Le 18 mai 2005 naissait à Paris, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), coalition politique regroupant des partis de droite ivoirienne, d’obédience houphouëtiste, c'est-à-dire se réclamant de la politique du fondateur de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët Boigny. Citons les plus importants : le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA), le Rassemblement Des Républicains (RDR), l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) et le Mouvement des Forces d’Avenir (MFA). L’objectif premier de la coalition de l’opposition, à l’époque, était de faire contrepoids au régime de Laurent Gbagbo, lui confronté à une crise militaro-politique depuis 2002. Les ténors du RHDP que sont Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara voulaient non seulement rassembler les héritiers (putatifs ?) de Félix Houphouët Boigny, mais aussi (ré) conquérir le pouvoir d’Etat aux mains des Refondateurs du Front Populaire Ivoirien (FPI).
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Après moult accords signés dans plusieurs capitales d’Afrique et à Linas Marcoussis, en France, nous voici à l’élection présidentielle de 2010, censée sortir la Côte d’Ivoire du bourbier dans lequel elle s’était enlisée depuis 2002, qui marque le début de la rébellion constituée alors du MPCI, du MPIGO et du MJP, le tout dirigé par l’actuel Président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Soro. A l’issue du 1er tour de ce scrutin présidentiel, le 31 octobre 2010, le Président en exercice Laurent Gbagbo et le candidat du RDR Alassane Ouattara se retrouvent au second tour, avec respectivement 38, 04% des voix et 32,07, loin devant Henri Konan Bédié du PDCI (25,24%) qui cria en vain au vol de ses voix. Le 2e tour survient le 2 décembre 2010. Henri Konan Bédié, ainsi que les autres leaders du RHDP comme Mabri Toikeuse, Anaky Kobenan et les Forces Nouvelles (ex rébellion) appellent à voter Alassane Ouattara. Le scrutin se déroule avec quelques heurts à la fois dans les bastions de la LMP (La Majorité Présidentielle) de Laurent et ceux du RHDP d’Alassane Ouattara.  Les délibérations houleuses débouchent sur une contestation électorale marquée par un brigandage des institutions (Commission Electorale Indépendante et Conseil Constitutionnel). Chaque camp revendique la victoire ; il s’ensuit un conflit armé, qui opposa les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) fidèles à Laurent Gbagbo aux Forces Nouvelles d’Alassane Ouattara, aidées par l’armée française et des unités de l’ONU. Les combats durèrent près de cinq (5) mois ; ils prirent fin le 11 avril 2011 avec l’arrestation, à son domicile, de Laurent Gbagbo par les forces d’Alassane Ouattara. La crise post-électorale fit officiellement plus de 3000 morts. Le nouveau Chef de l’Etat, Alassane Ouattara, prête serment le 6 mai 2011 et entame son premier mandat avec la coalition qui l’a porté au pouvoir : le RHDP.

Lorsqu’il prend le pouvoir, le Président Ouattara fait la part belle à ses alliés du PDCI-RDA, du MFA et de l’UDPCI, entre autres. Plusieurs cadres de ces partis sont nommés dans le Gouvernement et placés à de hauts postes dans l’administration. Quant au FPI, la plus part de ses responsables sont, soit en exil, soit en prison, à l’instar de Laurent Gbagbo qui finit par être transféré à la Haye le 29 novembre 2011 depuis sa prison de Korhogo. Les années passent et le RHDP gouverne bon an, mal an jusqu’à ce que se pointe à l’horizon la présidentielle de 2015. Le Président Ouattara demande un autre mandat pour parachever son œuvre, autrement dit, les projets qu’il a lancés depuis 2011. En bon allié du RHDP, le Président Henri Konan Bédié accepte et lance le fameux appel de Daoukro, le 17 septembre 2014. Il demande à ses partisans d’accorder, une seconde fois, leurs votes au Président Alassane Ouattara tout en posant le principe de l’alternance en 2020. Le 25 octobre 2015, le Président sortant, Alassane Ouattara est réélu avec un score stalinien de 83,66% face à un faire-valoir, Affi N’Guessan (9,29%), ce dernier s’étant présenté nonobstant le boycott de son parti le FPI. Qu’importe, le Président Ouattara se voit donner, par le RHDP, un second mandat pour emmener la Côte d’Ivoire à l’émergence à l’horizon 2020. Dans la foulée, il organise un référendum le 30 octobre 2016 pour modifier la Constitution ivoirienne sur certains points dont le fameux « ET » de l’article 46. Pour l’opposition, le Président Ouattara s’est taillé une Constitution à la mesure de ses appétits politiques.

Nouvelle constitution, appétits aiguisés, opportunisme, regrets, jeu politique, …etc

Cette Constitution, selon certains analystes du droit, donne au Président Ouattara la possibilité de se représenter en 2020, écartant du coup la rétroactivité de la loi. De fil en aiguille, l’idée d’un autre mandat germe dans les esprits. Quant au Chef de l’Etat, il nuance progressivement son lexique, partant de « Je ne serai pas candidat en 2020 » à « la Constitution m’en donne la possibilité ». Ce vocabulaire changeant n’est pas du goût du PDCI-RDA et de son patron, le Président Henri Konan Bédié, qui commence à hausser le ton. Il demande au Chef de l’Etat de respecter sa parole donnée en 2015. Celui-ci dit ne pas avoir connaissance d’un quelconque accord conclu avec son aîné en 2014. L’entourage du Président Ouattara en rajoute en lui prêtant ouvertement des ambitions présidentielles en 2020. Dès lors le PDCI-RDA prend ses distances vis-à-vis du RDR et du RHDP. Il se fait de plus en rebelle et glisse peu à peu dans la corbeille de l’opposition. Certains de ses cadres restent néanmoins fidèles au RHDP du Président Ouattara. Ils en paient le prix fort puisque le 17 juin 2018, ils sont débarqués du Bureau Politique de leur parti. Entre temps, Henri Konan Bédié, tout comme Guillaume Soro, se fait apôtre de la réconciliation nationale et souhaite la libération des prisonniers politiques. Il espère secrètement ratisser large dans le camp FPI, le parti de Laurent Gbagbo, toujours détenu à la Haye. En août 2018, le Président Ouattara, à la surprise générale, signe une ordonnance qui permet de relâcher plus de 800 prisonniers politiques dont l’Ex Première Dame, Simone Gbagbo. Ce faisant, il rabat complètement les cartes du jeu politique. Certains observateurs de la politique ivoirienne interprètent cette amnistie inespérée comme le résultat d’une pression de l’Union Européenne après la fuite de son rapport accablant sur Abidjan ; d’autres affirment que le Président Ouattara voulait juste couper l’herbe aux pieds des opportunistes Bédié et Soro. N’empêche que le PDCI a continué de faire les yeux doux au FPI et surtout de réclamer ce qu’il croit de droit, l’alternance en 2020 au nom de l’appel de Daoukro. Agacé par les rappels incessants du PDCI, le pouvoir lâche : c’est le meilleur au sein de la famille RHDP qui représentera la coalition en 2020. Il n’était donc plus question de se renvoyer l’ascenseur pour des prétendus bons et loyaux services rendus.

Divorce et grogne d’un côté, rêve et espoir de l’autre

Finalement, après maintes réunions et pérégrinations, le PDCI-RDA se retire du RHDP le lundi 24 septembre 2018. La raison évoquée par Henri Konan et Maurice Kacou Guikahué, son Secrétaire Exécutif, est que le pouvoir avait l’intention de fondre le PDCI-RDA dans le RHDP. Bédié et son équipe jugent cela inacceptable que le PDCI-RDA, un parti historique disparaisse au profit du RHDP parti unifié. Mais personne n’est dupe, l’une des principales raisons, sinon la principale même, est le refus du RDR de faire la passe au PDCI-RDA en 2020, comme dans une sorte de tontine instituée au sommet de l’Etat.

Advienne que pourra ! Les masques sont tombés et le PDCI entend faire payer au RDR son ingratitude. Le parti septuagénaire réclame d’abord la réforme de la CEI conformément au discours du Chef de l’Etat le 6 août 2018. Mais, après avoir compris que le pouvoir ne bougerait pas d’un iota sur sa décision de réformer la CEI seulement pour la présidentielle de 2020, le vieux parti finit par annoncer, clopin clopant, sa participation aux municipales et régionales. Quant au FPI, il se prépare activement pour le procès de son mentor, Laurent Gbagbo, prévu le 1er octobre 2018. En attendant, il caresse le doux rêve d’y aller aussi, aux élections municipales. Mais, il faut bien se faire à l’idée que la CEI ne sera pas réformée maintenant et que les élections locales ne seront pas rejetées, sauf cataclysme politique. Le PDCI, lui, a décidé de laisser le manteau du boycott pour se revêtir de celui de « real politic ».

Le PDCI-RDA a donc fait faux bond au FPI.  

Let’s go, le PDCI ira au combat face au RHDP du Président Ouattara. Mais, il se présentera aux communales et régionales prochaines quelque peu divisé : d’un côté, nous avons les candidats PDCI anti RHDP parrainés par Henri Konan Bédié et de l’autre les candidats PDCI pro RHDP dont le capitaine est le Ministre Kobenan Adjoumani. La pelouse est parfaite, le temps est beau, les joueurs sont sur place, l’arbitre Youssouf Bakayoko et son VAR contestée sont également prêts. Que commence donc le match.

Hélas, mille fois hélas, les joueurs se font méchamment face.

A l’image du dernier Bureau Politique du RHDP, les élections d’octobre risquent d’être électriques. Les deux tendances du PDCI se regardent en chiens de faïence. Le pouvoir cache une matraque dans le dos. En même temps, l’on a encore en mémoire les accusations de fraudes signalées lors de la révision du listing électoral en juin dernier. A cela, il faut ajouter les énormes enjeux stratégiques et économiques qui se jouent dans certaines communes comme le Plateau, Abobo et Bouaké. Et vous avez un cocktail Molotov qui pourrait détonner au soir du samedi 13 octobre 2018.

Sagesse et responsabilité sont requises de l’ivoirien ‘’nouveau’’

C’est le moment d’appeler les hommes politiques et leurs militants à faire preuve d’une grande sagesse et d’une responsabilité à toute épreuve. La politique, en démocratie, n’est qu’un jeu où les règles doivent être respectées par tous et les résultats acceptés malgré les intérêts gargantuesques. Les Ivoiriens ne veulent plus revivre le cauchemar de 2010 pour de simples postes municipaux et législatifs. La jeunesse a besoin d’aller de l’avant, de se construire et nos enfants de grandir, d’étudier et d’entrevoir un avenir radieux. Les élections d’octobre doivent être un défi pour nous. Nous devons montrer l’Ivoirien nouveau que nous sommes devenus. Nous devons montrer à la communauté internationale qu’elle n’a pas à s’inquiéter tout le temps de nous quand interviennent des élections, comme de grands enfants. Enfin, nous devons rassurer et donner les gages de la bonne tenue de la présidentielle à venir comme l’a promis le Chef de l’Etat. La transition démocratique de 2020 passe d’abord par des élections locales apaisées et transparentes. Alors ne décevons pas nos enfants, ne décevons pas le monde qui nous regarde.

Alex Dimeco, Correspondant /Akody.com

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