Débat : "Les candidats ont fait preuve d'une forme de prudence"

Le premier débat télévisé entre candidats à la présidentielle française ne s'est pas montré aussi décisif qu'annoncé. Pierre Mathiot, professeur des universités en science politique, revient sur les temps forts de la confrontation.
Dense et animé mais sans réel coup d'éclat, le premier débat télévisé entre candidats à la présidentielle française n'a pas, semble-t-il, permis de bouger les lignes. Pour France 24, Pierre Mathiot, professeur des universités en science politique, analyse les trois heures et demie de la première confrontation jamais organisée avant un premier tour d'une présidentielle.

France 24 : Le débat entre cinq des 11 candidats à la présidentielle française devait être décisif mais, selon les commentateurs, il n’en a rien été. Comment expliquer cela ?

Pierre Mathiot : C’est la première fois qu’un débat de premier tour était organisé. C’était un exercice nouveau pour les candidats, il y a donc eu une forme de prudence dans l’exercice. Ils se sont probablement aussi dit qu’il y aurait d’autres débats qui allaient intervenir dans les semaines à suivre, donc on a eu affaire, tout du moins au début, à un débat d’une grande prudence. Chaque candidat essayait de présenter son programme. J’insiste sur le fait que cela a duré trois heures et demie, ce qui veut dire qu’ils ont parlé au maximum 32-33 minutes sur des thèmes divers. Il est donc difficile qu’un échange ait lieu et que les candidats puissent développer réellement leur programme.

Peut-on dire qu’il y a eu un vainqueur ?

C’est difficile à dire. On n’a jamais su en science politique si les débats télévisés avaient un effet réel sur les intentions de vote des citoyens. J’ai l’impression en tous cas que personne n’a perdu ce débat. Chacun s’est adressé à son électorat potentiel.

À titre personnel, j’ai trouvé Jean-Luc Mélenchon assez didactique et convaincant, parfois un peu professeur des écoles, mais moins agressif que ce qu’on aurait pu imaginer.

On attendait aussi beaucoup Emmanuel Macron parce que c’est un néophyte dans ce type d’exercice et qu’il est donné haut dans les sondages. Or il ne s’est pas du tout effondré.

On a vraiment eu un débat où chaque candidat a répondu aux attentes de son électorat, c’est-à-dire des gens qui sont d’ores et déjà prêts à voter pour chacun d’entre eux. Après, est-ce que l’un d’eux a su séduire des électeurs qui hésitent, je ne pense pas que cela a été le cas. Il va falloir probablement attendre un deuxième débat.

Marine Le Pen voulait donner l’image d’une présidentiable. Y est-elle parvenue, selon vous ?

Je pense qu’elle a été entendue par son électorat puisqu’elle s’est positionnée de façon très précise et claire par rapport à son programme, en déclage avec les autres candidats, y compris François Fillon. Elle était dans sa ligne de couloir mais le dispositif du débat a totalement empêché les animateurs et les autres candidats à aller la "chercher" sur des éléments de son programme. Elle a réussi à éviter assez habilement la question de la sortie de l’euro. Elle n’a pas non plus été attaquée sur les affaires concernant le Front national.

Pourquoi les affaires judiciaires ont-elles été si peu évoquées ?

Je pense que les candidats qui ne sont pas concernés par des affaires n’ont pas attaqué car ils ont considéré, à tort ou à raison, que mettre la question des affaires concernant Fillon et Le Pen faisait courir le risque de paraître comme un mauvais joueur ou comme quelqu’un qui utilise de mauvaises ficelles, ce qui aurait pu se retourner contre eux.

Il y a eu une très grande prudence qui, je pense, a même étonné François Fillon. On le voyait dans quelques-unes de ses postures, il craignait pourtant d’être attaqué là-dessus, et a eu l’heureuse surprise de ne jamais l’être.
Le seul moment, finalement, où les affaires ont été évoquées, c’est lorsque Benoît Hamon a attaqué Emmanuel Macron sur le financement de sa campagne.

Benoît Hamon a-t-il été audible entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ?

Il a été dans la lignée des primaires socialistes. Je trouve que c’est quelqu’un qui a beaucoup progressé dans les débats, notamment à la télévision. Au final, il apparaît toutefois assez proche des idées de Jean-Luc Mélenchon, sauf sur la Russie et le revenu universel.

Il est vrai que ce positionnement à gauche de Benoît Hamon, qui n’a rien dit de positif sur le bilan de l’actuel gouvernement, laisse un espace important au centre à Emmanuel Macron puisque François Fillon se situe, lui, bien à droite. Macron, d’ailleurs, a beaucoup joué, peut-être même un peu trop, sur ce côté œcuménique qui prend des idées à droite et à gauche et se positionne au centre du débat.

FRANCE 24

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