Emmanuel Macron hérite d’une France en meilleure santé économique que François Hollande

Retour de la croissance, reprise des créations d’emploi... La France d’Emmanuel Macron est en meilleur état que celle dont avait hérité François Hollande en 2012. Mais le nouveau président n’a pas beaucoup plus de marge de manœuvre.
Ils sont nombreux à avoir écrit sur la chance politique d’Emmanuel Macron, victorieux de la présidentielle française, dimanche 7 mai. Mais, sur le plan économique, le nouveau président est également bien loti. Surtout lorsque l'on compare avec la France dont a hérité son prédécesseur François Hollande il y a cinq ans.

Ce dernier avait accédé aux plus hautes fonctions de l’État, en 2012, sous la pluie et dans un climat économique morose, plombé par la crise des dettes souveraines en Europe. Et Macron ? Pour la météo, il faudra attendre la passation de pouvoir dimanche 14 mai… Mais, économiquement, “il bénéficie d'un alignement des planètes rarement vu”, résume Ludovic Subran, chef économiste pour la société d’assurance Euler Hermes, interrogé par BFM Business.

Remercier François Hollande

“La conjoncture est meilleure qu’en 2012 en terme de dynamique et de croissance”, confirme Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), contacté par France 24. La croissance est repartie depuis fin 2015, et même si elle reste molle (1,1 % en 2016), elle a permis le retour des créations nettes d’emplois dans l’Hexagone. Même le secteur de l’immobilier se porte mieux : les constructions reprennent ce qui, généralement, donne un coup de fouet à l’activité économique générale.

Le gouvernement sortant a aussi fait le ménage dans les finances publiques. Emmanuel Macron peut remercier François Hollande d’avoir placé le début de son quinquennat – entre 2012 et 2014 – sous le signe de l’austérité. “La France a presque atteint le seuil des 3 % de déficit [la fameuse règle d’or budgétaire européenne, NDLR] et l’effort mené a permis à la France d’être dans une bien meilleure position qu’en 2012”, résume Bruno Ducoudré.

En parallèle, l’Europe semble aussi avoir mis la crise des dettes souveraines sous cloche, à défaut de l’avoir complètement réglée. En effet, la Grèce continue à se débattre avec une dette de près de 200 % de son PIB. La Banque centrale européenne n’hésite plus à intervenir pour soutenir les économies en difficulté, divers mécanismes de stabilité financière ont été mis en place et la Commission européenne n’a plus l’austérité budgétaire comme seul horizon économique.

La République en marche, le mouvement du président élu, n’aura pas à enjamber les mêmes obstacles que son prédécesseur. Emmanuel Macron devrait donc avoir davantage de marge de manœuvre pour mener ses réformes. Jusqu'à un certain point.

Brexit et Juncker en embuscade

Le principal nuage à l’horizon macronien s’appelle le Brexit. “C’est un risque politique majeur qui peut avoir des conséquences économiques négatives pour l’Europe et la France”, note Bruno Ducoudré. Le flou lié aux négociations à venir entre Bruxelles et Londres sur les conditions de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne déplaît aux investisseurs. Ces derniers n’aiment rien moins que l’incertitude, et risquent de mettre leurs placements entre parenthèses en attendant que le ciel politique s’éclaircisse. Ce qui, au vu de la complexité du dossier du Brexit, pourrait prendre des années. La France, comme tout autre pays européen, a besoin des investissements étrangers pour soutenir son activité économique.

La pression européenne pour toujours plus d’économies n’est pas non plus totalement retombée. Après la présidentielle, l’un des premiers messages adressés par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, “a été d’appeler Emmanuel Macron à faire attention au niveau de ses dépenses”, rappelle Bruno Ducoudré. Dans ses “prévisions économiques de printemps”, publié jeudi 11 mai, la Commission européenne a précisé que la France resterait sous le coup de la procédure de “déficit public excessif”. Elle est l’un des derniers pays européens dans cette situation. Le message à Emmanuel Macron est limpide : la dépense doit rester l’ennemi numéro 1 de la France.

Le nouveau président se retrouve donc dans une situation paradoxale : les indicateurs économiques, qui sont au vert, devraient l’inciter à dépenser plus pour accompagner la reprise, ce contre quoi Bruxelles le met en garde. Mais, d’après Bruno Ducoudré, Emmanuel Macron ne devrait pas avoir trop de mal à trancher ce nœud gordien. “Même s’il a une certaine marge de manœuvre budgétaire, il ne devrait pas y avoir recours car il a bien insisté sur son intention d’inscrire sa politique dans la logique européenne”, explique l’économiste.

Le risque est, d’après lui, de se remettre à la chasse aux dépenses ce qui pourrait casser la dynamique de croissance. Le moteur économique français pourrait alors se mettre en marche… arrière.

france24

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