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Ram Rahim Singh, gourou kitsch et influent condamné à 10 ans de prison pour viol

En Inde, un gourou très influent a été condamné, lundi, à 10 ans de prison pour viol. Leader spirituel, il est également un acteur et une rock star. Sa condamnation fait redouter aux autorités des heurts dans le nord du pays.

Gurmeet Ram Rahim Singh, gourou controversé et dirigeant de la secte Dera Sacha Sauda, a été condamné en Inde à 10 ans de prison, lundi 28 août, pour le viol de deux femmes. Ses adeptes ont laissé éclater leur colère à l'annonce de la sentence.
Depuis la veille du verdict du procès de Gurmeet Ram Rahim Singh, prononcé le 25 août, 15 000 hommes avaient été déployés par les autorités de la ville où devait être rendu le jugement, à Panchkula, dans l’État de l'Haryana, dans le nord de l’Inde. Trois stades avaient aussi été mis à disposition pour détenir d'éventuels fauteurs de troubles et les services de téléphonie mobile et Internet avaient été coupés dans la ville. Par mesure de précaution, des centaines de bus et des dizaines de trains avaient, par ailleurs, été annulés dans toute la région.

Une mobilisation à la démesure du prévenu : le gourou Gurmeet Ram Rahim Singh, 50 ans, "saint" autoproclamé et chef spirituel de plusieurs millions de disciples, selon ses dires. Vendredi 25 août, au passage du convoi de plus de cent véhicules qui l’a amené au tribunal, des fidèles se sont rassemblés le long des rues, la plupart en sanglots. Reconnu coupable quelques heures plus tard du viol de deux fidèles, en 2002, sa condamnation a immédiatement, comme le craignaient les autorités, déclenché une flambée de violences : plusieurs milliers de ses adeptes ont ainsi saccagé des gares, des stations-services et des véhicules de télévision. Au cours de la seule journée de vendredi, une trentaine de personnes sont mortes lors de ces protestations, et des dizaines ont été blessées.

Un gourou qui se pique de cinéma et de musique

Dera Sacha Sauda (DSS), le mouvement prétendument spirituel hindouiste que dirige Gurmeet Ram Rahim Singh depuis près de 30 ans est basé à Sirsa, dans l’État du Penjab. Il a été fondé en 1948 par un ascète, Mastana Balochistani. Avec ses tenues criardes et son goût pour les bijoux clinquants, Gurmeet Ram Rahim Singh n’a pas vraiment hérité de sa sobriété. En Inde, beaucoup l’ont découvert en 2015 lors de la sortie de "The Messenger" ("Le Messager), un film écrit, produit et réalisé par lui et dans lequel il incarne son propre rôle à grands renforts de costumes kitsch : celui d’un super-héros sauvant le monde.

Gurmeet Ram Rahim Singh se pique aussi d’être une rock star : "Love charger", sa chanson phare, a été vue près de trois millions de fois sur YouTube. L’an dernier, pourtant, l’émission américaine The Tonight Show l’avait brocardée par un : "à n’écouter sous aucun prétexte".


Mais la condamnation pour viols de vendredi et les manifestations violentes qui ont suivi l’ont rappelé : si ses accoutrements et sa mégalomanie peuvent faire sourire, Gurmeet Ram Rahim Singh est bien un personnage inquiétant. S’il n’avait jamais été condamné jusque-là, il avait été accusé, il y a deux ans, d'avoir encouragé 400 de ses disciples à subir une castration, pour se rapprocher de dieu. Son nom est aussi apparu dans l’enquête sur le meurtre en 2002 d'un journaliste, Ram Chander Chhatrapati, qui enquêtait sur son mouvement et sur les accusations de viols.

Dera Sacha Sauda, soutien du parti nationaliste de Modi

Comme d’autres milliers de gourous en Inde, Gurmeet Ram Rahim Singh est, surtout, un homme puissant. Après sa condamnation vendredi, plusieurs journalistes en Inde ont dénoncé les liens entre Gurmeet Ram Rahim Singh et le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste qui a porté le Premier ministre Narendra Modi au pouvoir. Sur les réseaux sociaux, une vidéo montrant celui qui n’était alors pas encore Premier ministre s’adresser aux disciples de Gurmeet Ram Rahim Singh a refait surface de même qu’un tweet d’octobre 2014 de Narendra Modi, cette fois déjà à la tête du gouvernement, rendant hommage au gourou.

De fait, depuis 2014, le mouvement Dera Sacha Sauda soutient le BJP à chaque élection locale et nationale. Aussi, lorsque, l’an dernier, l’État de l'Haryana, où le BJP est au pouvoir, a annoncé le versement de 5 millions de roupies (environ 65 000 euros) au mouvement Dera Sacha Sauda pour "la promotion du sport", une controverse a éclaté.

Interrogée par France 24, Mira Kamdar, éditotialiste au New York Times et spécialiste de l’Inde, relève que les liens entre les gourous et le milieu politique, en Inde, ne datent pas d’hier : "L’argent et les millions de fidèles draînés par ces personnalités intéressent les politiciens", estime-t-elle. Pour elle, "si le phénomène des gourous en Inde remonte à assez loin et précède le pouvoir actuel, il a été encouragé par le gouvernement Modi car cela lui permet d’entretenir l’idéologie et l’identité hindouiste". Depuis son accession au pouvoir, le Premier ministre est accusé par ses détracteurs de défendre le nationalisme hindou au détriment des autres communautés, musulmanes notamment. Mais la condamnation de Gurmeet Ram Rahim Singh malgré ses accointances est une bonne nouvelle pour Mira Kamdar : "Cela montre que la justice indienne est une justice qui peut fonctionner".

Avant de devenir Premier ministre, on a vu Narendra Modi aux côtés d’un autre gourou, proche de la droite hindouiste nationaliste, Baba Ramdev, qui est, lui, à la tête d’un empire de la médecine ayurvédique. Par ailleurs, à la suite de la victoire écrasante des nationalistes du BJP aux élections régionales, un prêtre extrémiste hindou, Yogi Adityanath, a été nommé en mars dernier Premier ministre de l'Uttar Pradesh, l'État le plus peuplé de l'Inde. "C’est inquiétant dans un pays censé être toujours formellement laïc", juge Mira Kamdar.

france24
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